Bas les masques
Et piquer une tête dans le soleil
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“Les objets vivants ne requièrent
pas tous la même qualité de lumière.
Certains d’entre nous fabriquons notre propre lumière.”Louise Glück, L’Iris Sauvage
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☕ Edito : L’Ecume des beaux jours
🍛 Le Digest de la semaine : Prix Nobel au naturel
🍹 Take Away “Fraîcheur” : Respecter le vivant
☕ Edito : L’Ecume des beaux jours
C’est quand même sympa de sortir ses lunettes de soleil dès juin, de balancer son masque, et de flâner en terrasse. Une fois vos crises d’agoraphobies passées, vous pouvez à nouveau vous glisser dans une semi-foule d’inconnus pour profiter des beaux jours. Parce que oui… même si la France essuie moultes orages, il y a comme un goût de relance optimiste dans l’atmosphère. Ce je-ne-sais-quoi qui évoque la fraîche liberté des jours sans contraintes.
Au fait, on est toujours dans l’après
C’est à ce moment-là que j’interviens pour jouer les rabats-joie. Il en faut. Je me lance sans vergogne. Comme (beaucoup) de gens, l’envie nous prend soudain de partir pour de nouvelles contrées, éclater le nombre de congés restants pour prolonger nos week-end, ou simplement, partir sans excuses. Une fois sous le soleil, en écartant notre éventail, nous réalisons soudain qu’il fait sacrément, mais alors sacrément, chaud. Et là … c’est le drame. Nous pensons réchauffement climatique, montée des températures au-delà de 2°, dérèglement du climat. Malgré l’arrêt de l’économie, le taux de dioxyde carbone dans l’air a atteint un niveau jamais vu depuis plusieurs millions d’années. Autant vous dire qu’il va falloir s’habituer à la chaleur.
👉 Lire : L’étude du National Oceanic and Atmospheric Administration sur le taux de CO2 dans l’air
Certes, nous sommes sortis d’affaire en ce concerne notre confinement personnel. En cas de grandes chaleurs, nous pouvons désormais piquer une tête dans l’eau ou en forêt pour nous rafraichir. L’eau, il faudra en effet s’y habituer. La forêt, un peu moins… En mai 2021, le magazine Nature a publié deux rapports alarmants sur la fonte des glaces qui laissent présager, dans le scénario le plus pessimiste, d’une montée des eaux jusqu’à dix centimètres au-dessus du niveau de la mer. Dans le scénario le plus optimiste des scientifiques, l’Antarctique disparaitra d’ici à la fin du siècle. En cas d’un réchauffement de plus de trois degrés, les experts envisagent une disparition complète en 2030. Gardez la bouée licorne de la piscine auprès de vous, cela pourra servir.
📸 claireluxtonart, via Instagram
Pas mieux du côté des bonshommes
Pendant la pandémie, la restriction des mouvements de population a été relativement salué au nom de la protection du patrimoine culturel et de la tranquillité des locaux. Pourtant, début juin, le premier des “grandi navi” en mer depuis des mois a accosté à Venise au milieu des manifestations pro et anti-tourisme. Retour en France, les ambitions affichées ne sont pas plus rassurantes. En 2022, Paris devrait retrouver le même nombre de touristes qu’en 2019. Amis et amies, parisiens ou parisiennes, pensez donc à intégrer vos chers voisins d’ici et d’ailleurs dans vos pronostics de densité urbaine en cas de chaleur étouffante.
Qui dit changement climatique, dit mesures contraignantes pour endiguer le phénomène, mais aussi - et surtout - adaptation de nos modes de vie à un nouveau climat. C’est à ce moment précis que nous nous tournons vers le cas de Barcelone par exemple - pas pour discuter des fêtes organisées par les Français pendant la pandémie. Figurez-vous que la Mairie aurait imaginé un grand plan urbain pour que chaque habitant se trouve à moins de 200 mètres d’un point de verdure, où qu’il se situe dans la ville. Si le plan est mis en place, et fonctionne, je reconsidère mes rêves d’exode urbain.
👉 Lire : Les villes durables après la Covid-19 : l’exemple de Barcelone, la voie de l’avenir?, The Conversation
Des exemples ainsi alarmants que ceux de la fonte des glaces et du tourisme de masse, nous en avons tous, hélas, en réserve, surtout lorsqu’il s’agit d’animer intellectuellement nos conversations d’apéro. Ce que l’histoire post-pandémie ne dévoile pas encore - et qui relève pour le moment de l’actualité - c’est aussi la valeur réelle de toutes les reconversions professionnelles, les initiatives vertes, les changement de mobilité, et les nouvelles aspirations des jeunes actifs. Nous connaissons bien ces-gens-là : nous avons regardé leurs témoignages sur Brut ou vaguement entendu une intervention à la radio ou à la télé. Ils disent qu’ils ont largué leur vie précédente. Il paraît qu’ils veulent “changer le monde”. On aimerait leur dire de commencer par se couper les cheveux, et puis, finalement, à court d’idées, et devant l’état misérable de notre héritage maudit, nous n’aurons pas d’autre recours que d’oublier les conseils des générations précédentes pour porter les rêves (de survie) des générations suivantes.
Sinon, en cas de flemme, vous pouvez acheter un maximum de ventilos avant les soldes pour les revendre à prix d’or dès le mois de juillet. Ce sera plus stable que d’investir dans des actifs fluctuants. Affaire garantie.
📸 @claireluxtonart via Instagram
🍛 Le Brief de la semaine : Prix Nobel au naturel
Quand vient l’été, vient la poésie. Ciel bleu, nuages éparses, verdure ou sable fin. Pour satisfaire ses envolées lyriques, rien de tel que de se ressourcer auprès de Louise Glück et de son “Iris sauvage”.
La force du végétal. Forcément avec un nom pareil (L’Iris sauvage) pas étonnant de retrouver des roses, de l’aubépine, des ronces, et évidement, l’iris. Au son de la voix du poète, vous vous retrouverez plongé dans le jardin d’une vie pleine de couleurs et de matières végétales. Pour ma part, je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement entre les occurrences à la vie végétale et les multiples reliefs d’une vie bien remplie. A chaque émotion sa propre fleur. De quoi vous donner de l’inspiration cet été lorsque vous prendrez le temps de vous plonger au creux des arbustes, jardins, et bosquets.
Une poésie prosaïque. Bien sympa cette histoire de fleurs à chaque coin de page, mais je vous vois déjà piquer du nez à l’idée de vous plonger dans un recueil. Pas de panique, la poésie de Louise Glück est très accessible. Le texte est écrit en prose, le vocabulaire simple et pourtant les émotions puissantes. La traduction française est fidèle au texte, mais vous arriverez sans problème à comprendre les vers écrits en version originale (avec un peu de concentration tout de même). Le texte est verbal sans perdre de son élégance littéraire. Voilà une des raisons pour lesquelles Louise Glück fait partie des plus grandes poètes de sa génération.
Le beau féminin. Forcément, il fallait que j’insiste sur le fait que Louise Glück est une femme. D’abord parce que j’en suis une moi-même, je suis donc partiale. Ensuite, parce dans une précédente newsletter, nous avions évoqué avec Virginia Woolf, la question des femmes et de la littérature. Louise Glück se décrit brièvement comme une passionnée de littérature depuis l’enfance qui aujourd’hui, échange avec son mari et son fils au sujet de ses plantes, de la vie, et du vivant, avant de prendre la plume.
Lors de la remise du Prix Nobel de littérature, l’Académie a déclaré : “son oeuvre à la beauté austère rend l'existence individuelle universelle”. Traduction : lecteur ou lectrice, qui que tu sois, tu te sentiras concerné ou concernée.
🍹 Take away fraîcheur : Respecter le vivant
Commençons par sauver la planète
📺 “My octopus teacher” à voir sur Netflix. Encore une fois, je le rappelle, rien ne vaut l’amitié homme & poulpe.
📺 “Cowspiracy : Le secret de la durabilité”, sur Netflix. Au cas où vous auriez encore envie de manger de la viande à chaque repas. Une enquête un peu rapide mais éclairante.
📺 “Seaspiracy" : la pêche en question”, sur Netflix. Même principe que '“cowspiracy” mais avec les poissons.
📺 “La vie en couleurs”, sur Netflix. Laissez vous émerveiller par les couleurs du vivant, telle une panne conquise par un paon. Avec David Attenborough.
📺 “Sauvons nos forêts” : une série documentaire par Arte, Janvier 2020
Apprenons à mieux la considérer
📚 Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres. Giono, c’est le poète des espaces ruraux, un sage, un peu taquin. Dans ce très court roman (ou s’agit-il d’une fable ??) Giono vante les mérites d’une vie humble et laborieuse consacrée au partage et à l’anticipation.
📚 Cécile Coulon, Noir Volcan, Le Castor Astral, 2020. La meilleure poétesse française du moment. Elle vous fera déambuler à travers les volcans de l’Auvergne.
📚 Serge Joncour, Nature humaine, Flammarion, 2020. Serge Joncour fait l’éloge de la nature comme grande régulatrice de nos vies minuscules. Prix Femina 2020.




J'ai été très très déçu le jour où j'ai appris que L'homme qui plantait des arbres était une fiction ;-) Mais une belle histoire quand même.