Crypto-maniac
J'ai vendu mon âme en Bitcoins
Lecture : 10 minutes
“Je remercie Satoshi Nakamoto, où qu’il se trouve. Je n’ai acheté que 2 Bitcoins dans ma vie, mais ils m’ont rapporté 10 000 dollars qui me serviront à payer la première année de fac de ma fille. Alors, merci ! “
Jake Adelstein, J’ai vendu mon âme en Bitcoins, Marchialy, 2019
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☕ Edito : Bitcoiner or not bitcoiner ? C’est LA question
🍛 Le Digest de la semaine : Le baron français du Bitcoin
🍹 Take Away “Fraîcheur” : jeveuxpossederdescryptos.com
☕ Edito : Bitcoiner or not bitcoiner ? C’est LA question
En 2017, lorsque j’entendais mes collègues et mes amis s’extasier devant le cours du Bitcoin, je me sentais spectatrice d’une scène absurde. Je me souviens de ce déjeuner où l’un donnait en exemple son ami désormais millionnaire en Bitcoins, tandis que l’autre parlait de son activité de “mining” qui lui servait simplement à payer les factures d’eau et d’électricité. “The bill” comme ils disent. Fantasmes VERSUS banalité du quotidien, il me semblait que chacun s’arrangeait comme il le souhaitait avec la réalité des cryptos pour épater (ou pas) ses homologues. Bataille de coqs sans intérêt. Pourtant, un matin de 2021, je me suis réveillée et je me suis dit : “ Est-ce qu’à 30 ans, si t’as pas des cryptos, t’as raté ta vie ?” 😜. Tout le monde en parle, et pas seulement les experts financiers (surtout pas eux d’ailleurs). Je me suis dit : pourquoi pas moi ! J’ai donc évalué les bonnes et les mauvaises raisons de me mettre aux crypto-monnaies.
Cure de réel façon web 20.21
En pleine crise de la trentaine, je me disais qu’il était temps de sécuriser ma position autrement qu’avec un salaire. L’économie de la redistribution est affaiblie et la capitalisation gagne du terrain. Je n’aurais surement pas de retraite, le système de santé est sur la sellette , et le changement climatique va peut-être détruire nos maisons dans quelques années. Au milieu de tout cela, l’accès à la propriété se complexifie dans les grandes villes. Posséder des actifs financiers devient donc un levier intéressant pour se constituer un patrimoine, et si besoin, créer un matelas amortissant en cas d’accident de la vie.
On ne va pas se mentir : ce n’est pas votre livret A, ni votre PEL, et encore moins l’assurance vie, qui vont vous sauver la mise ces prochaines années. Avec des taux historiquement bas, et un placement auquel on ne peut toucher sans perdre ses avantages, le calcul est vite fait. Votre banque ? Pas certaine de vous prêter, et encore moins à un bon taux. Pourtant, suivre la bourse, investir dans des startups, surveiller le marché de l’art etc. ce n’est pas votre tasse de thé à vous non plus. Il y a des livres à lire, et des histoires à raconter.
Quelqu’un finit par me dire qu’épouser un homme très TRÈS riche et presque mort me faciliterait la vie.😭😱😵 Ahem …. Merci, mais non merci ! Parmi toutes ces options de l’angoisse, le monde des crypto-monnaies semble tout à coup pavé de bonnes intentions.
L’habit ne fait pas le moine et l’occasion fait le laron
Les geek en t-shirt sale, blancs comme des endives, prédateurs de pizza, semblent avoir trouvé un bon filon. Je passe outre la session de mansplanning qu’a subi JK Rowling sur Twitter au sujet du Bitcoin. J’oublie que les afficionados de cette monnaie ont à peu près tous le même profil 👨💻 - en l’occurence pas le mien. Je m’intéresse à l’aventure des cryptos, je plonge un orteil dans la mare.
👉 Lire l’article : “JK Rowling asks about Bitcoin”, Coin desk, 15 mai 2020
A l’origine de la blockchain, une idée géniale : décentraliser la finance, et supprimer les intermédiaires. Preuve à charge, le premier bloc de Bitcoin miné contenait un article du Times sur le sauvetage des banques par la banque centrale américaine. Pour rappel : en 2008 la Fed a amorti la crise des subprimes par la méthode de la planche à billets. On imprime du bifton, on crée des liquidités. La blockchain, décentralisée, ultra sécurisée, transparente, se présente comme une alternative à un système bancaire géré par les institutions publiques et privées. Je suis d’un coup un peu partagée, et je me sens dépassée par des considérations qui ne sont pas les miennes. Je lis Jake Adelstein, je comprends mieux l’idéologie libertarienne sous-jacente.
Plus je creuse (tel un mineur sur la blockchain) plus je réalise que le Bitcoin est devenu une solution parmi tant d’autres. Il existe quantité de crypto-monnaies (Bitcoin, Ethereum, Tether, Dash, Dogecoin 🐶), toutes ne fonctionnent pas à partir de serveurs demandeurs d’énergie à l’excès (creusez donc la question du “proof of stake” versus “proof of work”), et le potentiel des échanges est colossal.
Bon … ça me semble bien parti cette affaire. Si je me plante, tant pis. T’as tenté, t’a perdu Jack. (jyvaismaisjaipeur)
👉 Revoir : “23 à 0, c’est la piquette Jack, t’es mauvais”, OSS 117
Vers l’infini et l’au-delà
Je creuse toujours pour essayer de comprendre l’éco-système des crypto-monnaies. Et là … c’est un peu le drame. Il faut d’abord choisir le bon portefeuille. Et oui, le but c’est quand même de réaliser des transactions de crypto-monnaies sur la blockchain, entre moi et le reste du monde, ou bien, de changer mes petits jetons en cash - vous vous souvenez de mon histoire de matelas. Pour cela, il faut un bon device, et surtout prendre en compte toutes les ressources à ma disposition en tant que débutante.
Une fois le portefeuille en main, ne comptez pas voguer sur un long fleuve tranquille. Les possibilités offertes par les crypto-monnaires sont infinies. Elles dépendent de vos choix, de vos investissements, et du temps consacré à faire fructifier votre activité. Sans oublier, surtout, un très bon niveau d’information. Vous pouvez acheter et revendre des crypto (“trader”), vous pouvez acheter des produits et services en ligne (dans l’économie réelle), vous pouvez échanger vos crypto contre du cash (en anglais la “fiat money”), voire demander à ce que certaines prestations (par exemple vos droits d’auteur) vous soient reversées par crypto dans votre portefeuille. Vous pouvez également réaliser des transactions à l’étranger sans payer les frais habituels demandés par les banques. Garder vos cryptos au chaud n’a au final pas grand intérêt. Les risques des échanges ? C’est surtout que la monnaie que vous possédez perde de la valeur. Aussi, compter deux, trois crash ici et là. Il faut donc suivre le cours des monnaies, et anticiper les tendances.
Eh ben … passionnant mais long et chronophage. Pour faire fortune, il vaut mieux manger crypto, respirer crypto, dormir crypto. Est-ce que je le recommande ? Aucune idée. Cela dépend de vous. La création du Bitcoin ne remédie cependant pas au mouvement mercantiliste qui nous a plongé dans la crise financière de 2008. La blockchain qu’on soit pour, contre, renseigné.e.s, ou pas, est un projet révolutionnaire que je vous conseille de maîtriser un minimum avant d’être complètement largué.e.s.
Mon périple en ligne s’achève et je me réveille à nouveau. Je reste partagée entre mes idéaux démocratiques, mes rêves de tranquillité, et l’envie de maîtriser une tendance économique de fond qui a déjà transformé le web. Qui sait, un jour, je vendrai en Bitcoins, mais certainement pas mon âme.
🍛 Le Brief de la semaine : Le baron français du bitcoin
Jake Adelstein, J’ai vendu mon âme en Bitcoins, Marcialy, 2019
Jake Adelstein est un journaliste d’investigation américain spécialisé dans les affaires criminelles au Japon - et notamment expert des Yakuzas. En 2011, il découvre les Bitcoins et la plateforme d’échange MtGox. Quelques années plus tard, Jake bascule dans une nouvelle enquête haletante : en 2014 plus de 600 000 Bitcoins ont disparu de la plateforme MtGox. Tous les regards se tournent vers son PDG, le français Marc Karpélès. Mais où sont passés les Bitcoins ?
Marc Karpélès le jour de son arrestation par les autorités japonaises
Qui est ce Marc Karpélès, nouveau génie du Bitcoin ? Surdoué des mathématiques, le petit Marc est un enfant précoce, marginalisé par ses petits camarades. Le rejet par ses pairs a un impact désastreux sur son développement personnel : il est asocial, enchaine les petits boulots, et devient même SDF à l’adolescence. Son seul refuge : les ordinateurs, le code et … les chats (le premier s’appelle Tibane) ! Un « Nerd ».
La création de MTGox. A l’âge adulte, Marc part vivre au Japon où il s’identifie à la culture locale (mangas, informatique, chats). Il y crée une entreprise de gestion de serveurs et de création de logiciels qui lui permet de mener une vie tranquille. Pendant ce temps, Jed McCaleb crée un site d’hébergement de cartes Magic, qu’il transforme plus tard en une plateforme d’échange de Bitcoins. C’est la naissance de MtGox. Pour gérer le site, Jeb se tourne vers Marc, déjà convaincu par la blockchain. En 2011, l’acquisition est signée.
Cette année-là, la fièvre des cryptos affole la toile. En avril, au moment de l’acquisition, Marc Karpélès compte 3000 utilisateurs de la plateforme. En juin, 60 000 utilisateurs échangent leurs Bitcoins via Mtgox ! 80 % des transactions mondiales y sont réalisées. Ce qui devait arriver, arriva… MtGox est attaquée par des hackers. Sur les forums de l’époque, les commentaires résument l’état de panique général : “on est baisés !”, “vendez tout maintenant !”
Sonnez tambours et trompettes, faites place à Bitcoin Jesus aka Roger Ver. Notre illustre héros issu de la Silicon Valley intervient pour sauver le soldat Marc, complètement dépassé par les événements et en manque de personnel. Ils sauvent la plateforme après une semaine de travail acharné et avec un stoïcisme déconcertant. En 2013, les affaires reprennent. Le prix d’un Bitcoin dépasse les 1000 dollars, plus d’un million d’utilisateurs échangent sur la plateforme.
2014 : année fatale. Le 7 février 2014, la plateforme est bloquée par Marc pour stopper les attaques à répétition. Une semaine plus tard, le 15 février, il réalise qu’il manque 850 000 bitcoins soit un demi-milliards de dollars. Impossible de rembourser les propriétaires ou de calmer les investisseurs : la trésorerie de l’entreprise est vide après un contentieux avec le fisc américain. MtGox annonce une perte de 64 millions de dollars, de 750 000 clients, et de 100 000 bitcoins lui appartenant. Soit l’équivalent de 1% des Bitcoins qui existaient à l’époque. Fin 2014, la liquidation de MtGox est actée. Marc est emprisonné pendant 1 an au Japon.
Mais qui a volé les Bitcoins ? Seulement voilà, impossible de savoir où sont passés les Bitcoins. Etant donné la somme impliquée, s’agirait-il de Marc ? Aurait-il fait un « coup » pour disparaître par la suite ? Comment est-il possible de gérer la première plateforme d’échange au monde et de “perdre” autant de Bitcoins ? Je ne vous livre pas le secret. L’enquête se déroule au rythme des événements suivants : le démantèlement de Silk Road (l’Amazon du Dark net), les confessions de Dread Pirate Roberts, et l’intervention de la police et du fisc américains. Une seule certitude : Marc est innocent. A la fin du livre, vous connaîtrez le fin mot de l’histoire et l’identité du voleur.
Bonus ==> les trucs cool à apprendre : d’où vient le mot “geek”, comment la justice japonaise gère les affaires criminelles, c’est quoi Silk road, qui pourrait être Satoshi Nakamoto, comment les jumeaux Winklevoss ont été impliqué dans MtGox (les deux gars qu’on retrouve dans “The social network”) et enfin, qui est le premier entrepreneur à avoir payé un billet d’avion en bitcoin.
🍹 Take away fraicheur : jeveuxpossederdescryptos.com
Vous trouverez en ligne toutes les ressources dont vous avez besoin pour maîtriser les cryptos. Pour ma part, je me contente ici d’attiser votre curiosité, et vous encourage à consulter les recommandations des femmes qui en parlent.
Bitcoin et crypto : kezako ?
Les filles en parlent bien
✍️ Newsletter, “The Defiant”, par Camila Rousso, journaliste en finance décentralisé et crypto-monnaie. 👉 Sur Substack : https://newsletter.thedefiant.io/
✍️ Newsletter, “Bitcoin Besties newsletter - Bitcoin, cyber security and the love of knowledge”, par Bitcoin Besties. 👉 Sur Substack https://bitcoinfrankies.substack.com
📚 Camila Rousso, The Infinite machine, How an Army of Crypto-hackers is building the next internet with Ethereum, Harper Collins, juin 2020. 👉 Lien ici : https://www.harpercollins.com/products/the-infinite-machine-camila-russo?variant=32123333836834
Les classiques
✍️ L’article de Satoshi Nakamoto : “Bitcoin : a peer-to-peer programming electronic cash system”. 👉 Lire le PDF de 9 pages : https://bitcoin.org/bitcoin.pdf
🎥 “The Rise and Rise of Bitcoin”, un documentaire étayé sur les cryto-monnaies. 👉 https://bitcoindoc.com/ Site officiel
🎥 “What the fuck are bitcoin ?”, Clique TV, Interview en français avec Jake Adelstein. 👉 Lien ici
La communauté Geek et Marc Karpeles
📰 La chute de Marc Karpélès couverte par Vice Media 👉 https://www.vice.com/en/topic/mark-karpeles
🎥 Une interview de Marc Karpélès dans les locaux de MtGox 👉 Lien ici
🎥 Documentaire hommage à la communauté Geek - “Suck my geek” 👉 Lien ici
Poursuivre l’enquête avec Jake Adelstein
📺 “Jake Adelstein raconte la justice japonaise et les bitcoins” sur France Inter. 👉 Ecouter ici : https://www.franceinter.fr/emissions/l-instant-m/l-instant-m-11-mars-2019
📰 “Trouve-moi si tu peux : Le mystérieux Satoshi Nakamoto”, Revue XXI, #45. 👉 A retrouver ici : https://www.4revues.fr/xxi/205-45-des-vies-de-polar.html
📺 “Le Bitcoin en 5 questions, avec Jake Adelstein”, Le HuffPost, 12 mars 2019. 👉Lien ici
📚 Jake Adelstein, Tokyo Vice, Marchialy, 2016
📚 Jake Adelstein, Le dernier des Yakuzas, Marchialy, 2017
Le cinéma vous regarde
There will be blood, de Thomas Anderson (2007)
Le Loup de Wall street, de Martin Scorcese (2013)




